samedi 16 juillet 2011

Éloge du Mérite

Nous vivons dans le meilleur des mondes, c'est bien de le répéter…
Comme, de l'extérieur, on a parfois l'impression que le monde est injuste, je suis allé personnellement interroger les gens qui avaient l'air le plus privilégiés, pour leur demander leur avis. Leur réponse est unanime : tout est très bien comme ça, et, en voulant changer les choses, on ne pourrait que perturber le fragile équilibre d'un système parfait.

A est milliardaire parce qu'il court vite et se débrouille très bien avec tel type de ballon. Si je lui fais observer que B est beaucoup moins riche, alors qu'il court aussi vite, A me répond que B a choisi le mauvais sport et que c'est donc de sa faute s'il végète avec des sponsors radins.

C est très belle et elle gagne beaucoup d'argent en se faisant photographier avec de beaux vêtements. Elle justifie son argent pour couvrir ses dépenses pour échapper aux paparazzi.

D est née avec une cuillère en métal précieux dans son orifice buccal. Elle justifie tous ses avantages, parce qu'elle est très moche et c'est donc une juste compensation à ce désagrément. Elle peut ainsi s'offrir des opérations chirurgicales qui aident à diminuer sa disgrâce.

E gagne beaucoup d'argent parce qu'elle a fait beaucoup d'études et qu'elle occupe un poste à responsabilité au sein d'une grande entreprise. Si je lui présente F, qui a fait plus d'études qu'E, et qui gagne moins, E répond qu'il a choisi la mauvaise branche et qu'il devait le savoir dès le départ. F a choisi un domaine qui lui plaisait, sans se préoccuper des rémunérations. Peut-on être plus irresponsable ? Mérite-t-on mieux son sort ?

G n'a pas fait d'études, il a longtemps occupé des emplois subalternes, inintéressants, commandé par des petits chefs impudents, qui ne lui laissaient aucune initiative. C'est pourquoi il est juste que G ait gagné les six numéros du Loto.

H est chanteuse à succès. Elle a si bien réussi dans son métier qu'elle possède autant de maisons que de villes à sa prochaine tournée. Vous ne voudriez tout de même pas qu'elle aille dormir à l'hôtel ? Et s'il n'y avait plus de chambres ?

I est jeune, beau et il joue bien. Quoi de plus normal, dans le meilleur des mondes, qu'on le couvre de gloire et d'argent ?

L'alphabet est long et trouverez-vous jamais quelqu'un qui vous dira : "Nous vivons dans un monde injuste. J'en ai largement bénéficié et c'est dégueulasse pour les autres…" ? Alors, abrégeons les exemples !

Z est vieux (pas si vieux, puisqu'il était encore en activité), moche (pas moche pour tout le monde, paraît-il…), fonctionnaire et présumé éventuellement peut-être coupable de délits sexuels. Quoi de plus normal qu'on lui offre une indemnité de départ royale, pour le remercier de ses bons et loyaux services ?

Naturellement, toute ressemblance avec des personnalités existant ou ayant existé ne saurait être purement fortuite.

Les limites du mérite ?

On entend souvent dire que les athlètes de haut niveau, particulièrement quand il tape dans une balle (avec le pied ou une raquette…), ont un niveau de vie élevé, parce que leur carrière est forcément courte. Comme si, leur notoriété aidant, un seul athlète de haut niveau allait rester inscrit à Pôle Emploi jusqu'à l'âge de la retraite :
— On va vous mettre un costume et un badge de l'entreprise et vous allez sourire là, au bas de l'escalier.
— Oh… Ben non ! Moi je sais seulement mettre un short et taper dans une balle avec une raquette…
Il faut bien croire que c'est possible…

De la même manière, comment ne pas s'étonner, en période de crise, des parachutes dorés et autres retraites de ministres, qui se cumulent allègrement avec les reprises d'activité ?

Que l'on dispense aux personnes handicapées des allocations (inférieures à certains pourboires) pour les aider à vivre, quoi de plus normal dans une société globalement riche ?
Pourquoi traiter nos super-héros représentants du peuple, nommés aux postes les plus élevés de l'État, au nom de leur compétence, évidemment, comme s'ils étaient trop bêtes pour se réinsérer à leur sortie du Ministère, du Sénat, du Palais-Bourbon ?

À la limite, que l'on aide les ex-prisonniers à se réinsérer honnêtement par une aide pécuniaire (qui n'existe pas, à ma connaissance), ce serait logique, mais nos surhommes sont-ils à ce point handicapés par leurs capacités pour risquer de ne pas trouver de travail ? Sont-ils trop nobles pour aller s'inscrire à Pôle Emploi ?
— Faites la queue comme tout le monde, Monsieur le Ministre !
— Madame, où est l'huissier pour me conduire aux toilettes ?
— Vous avez été médecin ou avocat ? On en manque à Gennevilliers…
— Ah oui ? Et… il y a une voiture de fonction ?

Non, bien sûr, tout le monde sait qu'ils se replacent tous très bien et dans les meilleures conditions dans les plus grandes entreprises, et aux postes les mieux rémunérés. Alors ?

Alors… Les retraites de ministres et autres avantages similaires ne sont que des manières d'augmenter artificiellement l'intérêt financier à être élu au plus haut niveau.

De la sorte, on est sûr d'attirer à ces postes, les individus les mieux disposés à l'égard de cette valeur fondamentale de notre société (l'Argent) et le pays n'en sera que mieux gouverné dans l'intérêt de… du meilleur des mondes.

La boucle est bouclée.

D'ailleurs, comme je dis souvent à mes collègues, qui se plaignent de ne pas avoir trouvé le courage d'aller voir ailleurs :
— Si nous sommes là, tous ensemble, c'est bien pour expier les méfaits de nos vies antérieures…

jeudi 23 juin 2011

Cerise sur le ghetto I : SuperNormal !

Quand on a la chance d'habiter dans une banlieue privilégiée (ce qui veut seulement dire que les lois habituelles ne s'y appliquent pas… Comme on dit dans les journaux, "ces territoires où les lois de la république ne s'appliquent plus"… Des lieux privilégiés, donc), dans un de ces endroits extraordinaires (pas ordinaires, donc) qu'un Ministre de l'Intérieur célèbre, devenu ensuite Président de la République, a promis vainement de "nettoyer au Kärcher", on a un peu de mal à se considérer comme un Français normal.

Même si l'on n'est pas forcément "issu de l'immigration", on appartient à ces territoires où le chômage fleurit plus qu'ailleurs, où la crise économique se ressent plus durement, où le niveau de vie est moins élevé, de même que de nombreux autres niveaux, culturels, scolaires, sociaux, etc.

Bref, on est bien là dans le dessous de la France d'en bas, et sur votre CV, votre adresse devient un bon argument pour continuer à profiter longuement des services du Pôle emploi…

Il est vrai aussi que si l'on est effectivement d'origine étrangère (et que cela se voit…), le handicap à surmonter est encore plus grand et l'effort devra être proportionné…
À part quelques champions d'arts martiaux (qui déchirent…), qui reviennent triomphalement aider les petits frères, qui se félicite d'habiter dans ces endroits ?
On ne s'y installe pas volontairement pour y jouir des infrastructures culturelles ou sportives, mais plutôt contraints et forcés par les difficultés économiques et les prix de l'immobilier…

On imagine donc bien que de grandir dans ce genre d'environnement, même avec les meilleurs parents du monde, ce n'est pas une chose facile.
Chaque individu a besoin, pour s'épanouir, de croire à sa propre valeur, et de s'en réjouir. Si le reste du pays vous renvoie une image négative, vous devrez faire des efforts particuliers pour vous convaincre et les convaincre qu'ils ont tort, et que vous avez plus de valeur qu'il n'y paraît.

Qu'est-ce qui peut être supérieur au mépris d'un président de la république ou d'un peuple entier ? Dieu !
La religion est donc une bonne réponse, pour une personne qui cherche des valeurs auxquelles s'identifier, pour avoir soi-même de la valeur.
Ne cherchez pas ailleurs que dans le mépris et les difficultés économiques, le développement de la religion (et de l'Islam) dans les banlieues.
D'un coup de livre magique, vieux de nombreux siècles, et moyennant quelques prières, on transforme une racaille en saint homme ! Et ça marche aussi un peu avec les femmes, évidemment, à un moindre degré…

Bon, donc la religion, valeur-refuge des méprisés, soit. Il n'y a pas que cela. Le jeune de banlieue se veut normal, aussi normal qu'un jeune de la ville, voire plus normal même !
C'est donc une superNormalité qu'il va chercher à cultiver pour compenser son déficit de départ, pour le surpasser d'une manière définitive, indubitable, absolue.

Qu'est donc cette superNormalité ? C'est une normalité orthodoxe, intégriste, farouche, qui vous fait aimer les choses normales, les gens normaux, et vous n'allez pas vous arrêter en si bon chemin : vous allez, plus que les gens normaux, aimer les choses normales et donc, fuir, détester les choses anormales, haïr les gens anormaux, et abhorrer l'idée que l'on puisse imaginer seulement que vous puissiez n'être pas complètement, absolument normal.

Si vous êtes chauve, vous allez vous raser le crâne, pour faire partir de la grande communauté des crânes rasés, plutôt que d'être un mal chevelu…
Si vous êtes petit, vous allez mettre des talonnettes.
Et puis, pour vous sentir moins seul dans un monde hostile, vous allez vous joindre à une bande de jeunes qui partageront les mêmes valeurs superNormales, et vous aideront ainsi à vous convaincre que vous faites partie d'une élite méconnue certes, mais injustement.

Prenons l'exemple de l'homophobie.
Que nous importe en réalité qu'untel pratique la sexualité de son choix chez lui avec un autre adulte consentant ? Tant qu'il ne nous force pas à nous joindre à lui…
Eh bien ! C'est faire là preuve d'un laxisme, digne d'une personne simplement normale. Quand on est superNormal, on est offusqué, indigné, gêné que de telles choses puissent seulement exister ! Et on est fier de cette indignation, qui est un signe de superNormalité épanouie, triomphante, autant dire un signe de supériorité évidente !
Quand on est superNormal, par exemple, on s'offusque de voir tous ces sexes d'hommes dans les musées ou sur les statues des jardins publics parisiens ! Quelle dépravation chez des personnes qui se disent normales ! Comme la superNormalité est supérieure !

Alors, si d'aventure, notre route croise celle d'une de ces malheureuses créatures, auxquelles la loi française interdit le mariage, l'adoption, et évidemment la parentalité, et qui sont donc considérés légalement comme des anormaux (même si le mot n'est pas explicitement employé, on peut au moins parler de personnes inférieures juridiquement), même si médicalement, on les a finalement retirés de la liste des maladies mentales…
Bref, vous croisez ce genre de personnes et comme votre regard trahit votre gêne à son approche, l'autre peut se méprendre et oser vous aborder d'une voix douce, qui vous retourne d'horreur…
Que croyez-vous que ferait une personne normale ? D'un haussement d'épaules désinvolte, elle s'éloignerait avec un "Merci, je ne mange pas de ce pain-là…".
Mais, là, non, nous avons affaire à une personne superNormale, révulsée à la seule pensée que l'on pourrait le voir et croire que peut-être il apprécie cette compagnie et ce dialogue involontaire… Alors, comment faire autrement que de laisser libre cours à un besoin légitime de violence, pour éradiquer une bonne fois toute cette anormalité épanouie si dérangeante pour l'égo ? Car enfin, si l'on peut s'afficher si ouvertement différent, et n'en être pas dérangé, c'est que cette sacro-sainte superNormalité est implicitement un modèle de comportement arbitraire, qui n'a donc aucune valeur absolue et universelle ?
C'est Dieu qu'on assassine ! Et comme Dieu ne peut pas se défendre tout seul, il faut bien le faire à sa place…

D'ailleurs Dieu n'aime pas les homosexuels, c'est bien connu…

Moralité : Quand les citoyens de seconde zone se font la guerre, les citoyens de première zone ont la paix.

Éloge du Normal

"Homo" signifie "pareil, semblable".
Homosexualité, c'est donc la sexualité entre personnes du même sexe.

Partant de là, l'homophobie devrait être la détestation de ce qui est comme nous, et l'amour des différences !
En réalité, les homophobes sont homophiles, puisqu'ils aimeraient retrouver chez les autres leurs propres caractéristiques.

Comment, à l'heure d'Internet, peut-on encore aimer nos ressemblances ?
La réponse est simple : ce que nous sommes, ce que nous avons, ce que nous pensons, n'a de valeur que dans la mesure où nous sommes nombreux à partager ce que nous érigeons alors au rang de "valeurs".

Moins nos caractéristiques (couleur de la peau, langue, goûts, préférences…) sont universelles, plus elles dépendent des aléas de notre destin personnel, moins nous pouvons nous accrocher à l'illusion d'appartenir à un grand tout rassurant. Plus nous risquons de nous retrouver à l'état d'enfant perdu sans ses parents dans le grand magasin de la vie…

Le racisme, la xénophobie, la religion, l'homophobie, sont autant de "valeurs" auxquelles se raccrocher pour ne pas nous diluer dans l'océan humain.

mercredi 22 juin 2011

Salut, Éric !

Le quartier a perdu son commerçant le plus humain.

Éric n’est plus.

Vous ne verrez sans doute pas d'annonce nécrologique dans les grands journaux et on n'en dira rien à la télé non plus.
Éric, ce n'était que le marchand de fruits et légumes du quartier.

Un petit homme gentil, toujours de bonne humeur et que tout le monde aimait bien.
Derrière sa caisse, son mur était couvert de dessins donnés par les enfants.
Ceux des mes enfants y sont sans doute encore…

Il aimait bien les enfants et les enfants l'adoraient. Non pas qu'il leur donnât des bonbons… Non, il ne leur donnait que des fruits et des sourires. Il leur parlait, aussi.

Évidemment, il avait les meilleurs fruits et légumes du quartier, et il avait à cœur d'offrir toujours de bons produits.

Toujours un sourire aimable, une gentillesse sincère. À l'opposé du commerçant qui vous fait bonne figure pour vous refiler un fruit pourri…

Chez Éric, le client se servait lui-même, puis, on passait à la caisse, bavarder avec Éric, s'il n'y avait pas trop de monde. Un plaisir de faire les courses…
Samedi, Éric est venu travailler comme d'habitude. On voyait bien sur son visage qu'il n'allait pas bien, mais il a travaillé jusqu'à l'heure de fermeture. À bout de forces.

Dimanche, Éric nous a quittés pour toujours. Il avait 55 ans.
J'ignore la cause médicale de son départ, et je ne veux pas la connaître. Savoir qu'on aurait peut-être pu l'éviter rendrait les choses encore plus douloureuses.

Depuis qu'il est parti, ses stores métalliques restent baissés, mais des enfants y ont collé des dessins. "Au revoir, Éric !" disent-ils simplement.
J'avais juste besoin de rendre hommage à un homme qui a su humaniser son travail et le quartier auquel il appartenait.
J'oubliais un dernier détail…

Éric était gay.
Cela se voyait sur son visage, à cause du fond de teint dont il se couvrait toujours, et il ne s'en cachait pas dans ses propos, évoquant son compagnon.

Pour certaines gens, cela suffisait à rendre Éric méprisable.
Pour tous les autres, c'était la preuve que les homos sont des gens normaux.
Certaines gens ont besoin d'en mépriser d'autres pour se sentir supérieurs.
C'est pour plaire à des gens comme ça, qu'on fait encore les lois aujourd'hui.

Éric fait partie de ses personnes à qui on a refusé le droit de se marier. Une mesure qui ne coûterait rien au budget, et qu'on refuse, juste pour faire chier !

J'ai honte pour ce pays, qui a perdu la notion du Bien et du Mal.
Salut Éric, si tu reviens à l'intérieur de quelqu'un d'autre, ce sera toujours un plaisir…

mercredi 1 juin 2011

Pour en finir avec la vie éternelle (1re partie : À quoi bon ?)

Laissez-les croire !

La vie éternelle a changé l'histoire de l'humanité, pour le meilleur ou pour le pire ?

Avec la perspective de la vie éternelle, le bonheur sur terre ?

Si vous assortissez la promesse de vie éternelle de quelques messages lénifiants "soyez bien gentils et vous aurez le paradis" et "sinon ce sera l'enfer pour vous", on devrait obtenir une population "zen" et détachée des réalités bassement matérielles, en attente du paradis promis…

Depuis des millénaires, toute la population occidentale a été pénétrée de la promesse de vie éternelle, et on a donc eu tout le temps de voir son influence sur la vie des gens… Est-ce donc le sympathique bonheur promis ?

À quoi bon se disputer les richesses de la terre, puisque l'important sera après la vie ?

Imaginons le meilleur des mondes :
– Je vous en prie… Après vous.
– Je n'en ferai rien. C'est à votre tour…
– Nous n'allons pas nous disputer pour si peu… L'important, c'est la vie éternelle !
– Bien évidemment !
Imaginez… Un monde fraternel, égalitaire, où tout le monde partagerait tout avec tous, sans chercher à commander pour le plaisir ou à accaparer inutilement des biens qui vous plomberaient le paradis… Un monde où l'on ne fabriquerait pas des pauvres pour le plaisir de s'enrichir.
Un monde pas si virtuel
Les accros aux jeux vidéo, qui laissent mourir de faim leurs enfants, ont perdu pied avec la réalité, au profit d'un monde virtuel, qui leur donne plus de satisfactions.

La promesse du paradis n'a pas transformé l'humanité en gentils drogués, qui se foutent de tout en attendant leur part de bonheur éternel…
Soyons lucides… La promesse de vie éternelle n'a pas amélioré l'humanité. Bien au contraire !

Bienvenue dans le monde réel !

Peu importe à quelle peuplade lointaine nous devons la première forme de vie éternelle… Des Sumériens, des Assyriens, des Grecs, qu'importe !
Qu'avons-nous observé en vrai ? Une oligarchie qui s'étouffe de luxe depuis des millénaires et opprime la masse du peuple pour en tirer son train de vie… et un peuple — encadré par un clergé vêtu d'or — qui survit à grand'peine, mais ça n'est pas grave, car le Seigneur a dit "Heureux les malheureux car ils seront bienheureux" …une fois morts, bien sûr !

Et puis, si vous êtes trop dégoûté par tant d'injustices, "il est plus difficile à un riche d'entrer au paradis qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille…", et toc ! Voilà qui est envoyé…

Pour les ignares qui se demanderaient pourquoi les riches n'ont pas peur de l'enfer, je vous renvoie à la merveilleuse pratique des indulgences, qui consistent à se racheter de ses pêchés, moyennant une petite part de son superflu…

Bref, la plupart des gens étaient détachés des réalités matérielles, soit, mais contraints et forcés, et les autres, ceux qui étaient copains comme cochons avec les plus hauts dignitaires des églises, vivaient exactement comme s'il n'y avait pas vraiment de vie éternelle. « Tout ce que je peux prendre aujourd'hui, je n'aurai pas à le prendre demain… Et j'en ferai accessoirement cadeau aux enfants… »
Regardons le spectacle lamentable de notre planète ! Des océans de plus en plus pollués où les poissons ont du mal à survivre. Un climat qui devient fou… Une couche d'ozone qu'on dévore allégrement…

Où est le problème ?
Ben quoi ? L'important, c'est la vie éternelle !

Les ours blancs et les abeilles peuvent aller rejoindre les mammouths et les oiseaux dodos au museum des animaux disparus. Ce n'est pas grave, puisqu'ils n'ont pas d'âme !

On peut bien finir de détruire notre planète et l'humanité disparaître en grinçant des dents, quelle importance puisque le paradis aura toujours assez de places pour tous les hommes méritants (et accessoirement les femmes, puisqu'on a admis tardivement qu'elles avaient une âme, de même que les autres races que la blanche…).

Grâce à la vie éternelle, la Terre est devenu notre cahier de brouillon, où nous pouvons faire n'importe quoi, sans que cela ait de conséquences sur notre vie éternelle.

À qui profite le crime ?
Bizarre, non ?

Parce que… si la vie éternelle n'était qu'une arnaque… Tiens, on suppose…
À qui profiterait-elle le plus, sinon à ceux qu'elle dérange le moins dans leur vie quotidienne ?

En vérité, je vous le dis, celui qui croit en des promesses invérifiables, ne viendra jamais se plaindre d'avoir été trompé !


Maintenant, comment pourrait-on vivre sans la vie éternelle ?

Donnons-nous la peine d'imaginer un monde sans croyance à la vie éternelle…
On n'a qu'une vie, qui commence à la naissance et se termine définitivement à la mort.

Il appartient à chacun de donner un sens à cette existence, par ses actes, ses choix, ses efforts pour atteindre ses buts…

Alors, oui, on peut s'attendre à une humanité moins docile à respecter le désordre établi au fil des siècles, moins encline à courber l'échine devant des dignitaires, qui n'ont pas plus de dignité que les autres…

Ça ne serait pas si mal de remettre un peu d'équité dans ce salmigondis nauséabond qu'est notre économie, de refaire passer les êtres humains avant les marchandises et les monnaies… Mettre un frein à la cupidité humaine en plafonnant les revenus, comme on a su fixer un plancher ? Oh ! L'idée audacieuse que voilà…

Notre vie est précieuse car nous n'avons rien d'autre. Chaque vie est précieuse, comme est précieux l'environnement et les êtres vivants qui nous entourent. Nous ne sommes plus des créatures supérieures, des espèces d'Aliens dominateurs. Nous partageons la planète avec la faune et la flore qui essaient d'y vivre en équilibre, malgré nos interventions planétaires…

Si nous respectons la vie dans son ensemble, c'est parce que nous avons investi cette Vie mystérieuse (dont nous ne savons pas tout, mais l'ignorance est un défi permanent à relever…) de nos sentiments que d'aucuns appellaient spirituels.
Alors, nous respectons évidemment tous les autres êtres humains, sans distinction de race ou de continents…

Bref, un gentil meilleur des mondes sans mensonges, sans exploitation de l'homme, de la nature et de la planète, par une poignée de dépravés cupides, à qui l'on a eu la sottise de laisser croire qu'ils étaient au-dessus de l'humanité ordinaire…
Bien sûr, ce sont de gentilles conjectures… Cela vaut la peine d'essayer — au moins sur le papier — parce que de toutes façons, si on continue comme ça, on ne pourra pas se mordre les doigts encore longtemps…

Mais, comment faire pour se débarrasser de cette croyance si ancrée qu'on la croirait naturelle ?
Et d'où vient-elle au juste ?
(À suivre)











dimanche 29 mai 2011

Deux solutions au problème mortel des religions

En quoi les religions sont-elles un problème pour l'humanité ?

Pour de nombreux êtres humains, les religions représentent un danger mortel, puisqu'elles provoquent leur mort tous les jours, directement (par des actes terroristes) ou indirectement (par l'intermédiaire d'états qui sont sous influence ou officiellement inféodés à des religions — In God we trust, est-il ainsi écrit sur les billets de banque de l'état le plus guerrier de la planète).
Poussés par les religions, les états peuvent se livrer à des guerres ou à des pratiques économiques qui nuisent à des populations entières.

Pour certains hommes, l'accumulation forcenée d'argent inutile est devenue la meilleure preuve que leur divinité les favorise, et peu importe ainsi que les autres manquent du minimum vital…
Dans ce beau pays très chrétien qu'était l'Allemagne nazie, on n'imagine pas les persécutions antisémites et le génocide, sans la complicité enthousiaste (ou au moins bienveillante) des églises.

On pourra imaginer qu'Hitler aurait pu attaquer les églises si elles s'étaient montrées hostiles. Mais le plus malin, c'était de les caresser dans le sens du poil…
et à part une poignée d'exceptions, ça a plutôt bien marcher !

Pour complaire au dictateur nazi, les églises n'ont pas hésité à sacrifier les intérêts et les descendants d'un peuple qui, 2000 ans plus tôt, aurait été déicide…
Le meilleur (ou le pire ?), c'est que si les Juifs n'avaient pas (selon les évangiles…) condamné Jésus, celui-ci n'aurait jamais été exécuté par les Romains (qui sont donc les vrais déicides, mais chut !) et il serait mort dans son lit et ne serait jamais devenu le dieu qu'on aime tant…
Autrement dit, Dieu (le Père, essayez de suivre un peu !) a instrumentalisé les Juifs pour leur faire condamner Jésus et que les Écritures s'accomplissent.
Histoire de n'oublier personne, après la défaite nazie, ayons une pensée pour ces villages palestiniens miraculeusement rayés de la carte, pour laisser la place nette à l'État d'Israël, qui, depuis, a su s'attirer la sympathie universelle par son comportement dans la région et montrer que si l'on a de solides appuis, on peut faire fi de toutes les résolutions de l'ONU et s'en trouver très bien…

N'oublions pas non plus ces religions qui considèrent la moitié de l'humanité comme des créatures inférieures, qui les voilent, les mutilent génitalement, les lapident, mais préservent la race porcine en lui interdisant nos assiettes…

Quoique le mépris des femmes soit peut-être la chose la mieux partagée au monde, puisqu'il n'est toujours pas question de curées, de rabbines, ou d'imadames

Pourquoi les religions tuent-elles avec autant de facilité ?

D'une part, toute religion enferme ses membres à l'intérieur d'un groupe d'où le reste de l'humanité est implicitement (ou explicitement) exclu (puisqu'ils mourront comme des animaux ou iront en enfer…).
Au commencement, était la tribu et la croyance religieuse a aidé à cimenter les membres, en excluant les individus extérieurs (tels les yanomanis primitifs qui se considéraient comme les vrais êtres humains, à la différence des autres…).

Au bon vieux temps, les religions ont su s'appuyer sur le pouvoir temporel, lui assurant le droit divin de gouverner, et elles ont coulé des jours heureux, tolérant éventuellement des religions minoritaires, parce qu'elles y avaient intérêt (services bancaires et exutoires au mécontentement populaire à travers des pogroms, par exemple). Chaque pays s'appuyait sur son église et en 1914, les prêtres bénissaient les soldats français, et de l'autre côté du Rhin, les Allemands. Dieu ne pouvait que gagner cette guerre-là…

La laïcité a changé la donne, mais les problèmes mortels posés par les religions s'étalent à longueur de journaux télévisés…
D'autre part, du point de vue religieux, la partie la plus importante d'une vie humaine, ce n'est pas le séjour terrestre, c'est l'autre, l'éternel, le bienheureux, le promis-juré… De là à considérer la vie réelle comme un élément négligeable… Surtout celle des autres…

Donc, toute religion exclut au moins implicitement ses membres de l'humanité, en leur promettant des avantages que les autres ne sauraient obtenir.
La vie des non-membres devient d'autant plus négligeable que leur non-croyance les ravale automatiquement à un rang inférieur.
Peu importe donc qu'ils vivent plus ou moins longtemps, puisqu'ils se privent par leur incroyance du meilleur de l'existence (le paradis).
Si, en plus, la mort des autres peut sembler utile au développement sur terre de notre religion, alors… comment pourrait-on s'en priver ?


De deux choses l'une, ou les religions sont d'aimables réponses à des questions existentielles qui ne reposent sur aucune réalité, mais qui fonctionnent parce qu'elles font plaisir (et qui se perpétuent parce qu'on profite de l'ignorance des enfants pour leur mettre dans le crâne…), ou bien les divinités existent, et donc il devrait être possible de déterminer quelles sont les religions les plus aptes à nous mettre en contact avec ces divinités.

Voici deux solutions pour régler le problème mortel des religions :

La première solution consiste à ce que l'humanité considère officiellement les religions comme un aimable passe-temps, à l'instar de la poésie, du chant choral, des tours de cartes ou du jogging, que l'on peut pratiquer seul (sauf le chant choral) ou en famille sans déranger personne.
On pourrait ainsi remettre à l'honneur les anciennes religions grecques, romaines, étrusques, indiennes, redonner vie aux divinités derrière chaque source, etc.
La religion se pratiquerait aimablement, comme certains adultes jouent aux indiens, pour le fun, sans autres motivations que la distraction dans le respect des autres.
Les inventeurs de religions ont su répondre à notre désir fondamental de grandeur*, de continuité après la mort, mais cela fait-il pour autant des religions une activité réaliste et utile à l'humanité ? Pour autant, par quel miracle devrait-on envisager que toutes les religions se valent, même sur le plan qu'elles prétendent représenter ?

Comment peut-on penser que la religion sous laquelle nous sommes nés est forcément la meilleure du monde ? Pourquoi se priver de changer pour une meilleure religion ?
Si certaines religions sont meilleures que d'autres, pourquoi l'humanité devrait-elle se priver de les connaître et de les pratiquer ?
Parce que les religions, prises au sérieux, sont un facteur de division nuisible à l'humanité mondialisée, on peut aussi proposer de réunir l'humanité autour de la meilleure d'entre elles :

La seconde solution consisterait ainsi à organiser un colloque**, sous l'égide de l'ONU, où l'on déterminerait officiellement, sous le contrôle des plus hautes sommités scientifiques, si les religons sont bénéfiques à l'humanité et, dans l'affirmative, quelle est la meilleure religion humaine pour cinq ans.
Chaque religion participante serait invitée à donner la meilleure preuve que son activité est honnête et sérieuse, en demandant à sa divinité un signe.
Si, par exemple, le pape déclarait que Jésus lui a révélé en songe qu'un météorite allait s'abattre sur l'Everest dans la semaine, sans que personne ne l'ait prévu, et si cela se passait effectivement, le catholicisme pourrait être nommé "religion officielle de l'humanité" pour cinq ans, et les autres prétendants seraient invités à s'entraîner pour le prochain colloque, avec un statut d'associations pleines de bonne volonté…

Tous les débats seraient télédiffusés, sous le contrôle des plus hautes sommités scientifiques, et chacun pourrait se faire une opinion, entre gens de bonne compagnie, qui acceptent volontiers de mettre en compétition leurs systèmes de valeurs.
Évidemment, si le mail secret de l'astronome qui avait prévenu le pape de la chute du météorite, grâce à ses calculs géniaux personnels, venait à être révélé, la tricherie éjecterait le catholicisme du trône et, s'il y avait un second, il deviendrait premier.
S'il n'y avait pas de second, on saurait se passer de religion jusqu'à la fois prochaine et les tricheurs n'en sortiraient évidemment pas grandis… On pourrait les éliminer pour deux tours.
Il appartiendrait à chaque religion de s'organiser pour faire respecter en son sein les décisions prises.
Évidemment, les organisations prétendument religieuses, qui refuseraient de respecter les règles du jeu, seraient considérées mondialement comme des organismes criminels dont les dirigeants seraient passibles du Tribunal Pénal International, comme des criminels internationaux ordinaires, en fonction de leurs seuls actes.

Enfin, si la seconde solution se révélait impossible, on pourrait s'accorder à revenir à la première solution, entre gens de bonne volonté…

Et pourquoi ne s'accorderait-on pas à fabriquer une religion humaine universelle, à la manière de Zamenhof, qui a fabriqué la langue Esperanto, à partir des langues européennes ?


*Sur mon site, j'ai appelé ce désir l'égophilie et je fais le tour de la question.
**Dans un article précédent, j'ai imaginé un championnat plus ludique pour faire le même travail de sélection entre les religions : http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/qui-est-pour-la-liberte-de-94787

mercredi 25 mai 2011

Qui est pour la liberté de religion ?

En principe garantie par la constitution, la liberté de religion donne à chacun le droit de choisir et de changer de religion, en France.

De même que les Français sont libres de parler chinois, s'ils veulent l'apprendre…
De même que les enfants des dirigeants du CAC 40 sont libres de devenir ouvriers, s'ils le veulent…
De même que tout le monde a le droit de jouer et de gagner au loto…
nous sommes libres de choisir notre religion ou d'en changer.

Évidemment, si nous avons subi, durant nos dix-huit premières années de vie, un conditionnement religieux alpha, notre liberté de choisir la religion bêta est un peu altérée (à peine…).

Alors, si l'on voulait vraiment accorder la liberté de religion à tous, il faudrait interdire l'accès des églises, des mosquées et des synagogues aux moins de 18 ans.
Quelle religion serait d'accord pour abandonner les enfants de ses ouailles ?
J'ai profité de mon droit d'endoctriner librement mes enfants pour leur inventer une nouvelle religion sur mesure.

Pour faciliter leur apprentissage, je leur ai évité tout contact avec le monde extérieur, afin qu'ils évitent toute comparaison avec les autres fausses croyances.

Ils ont appris à vénérer le vrai dieu et quand ils mourront, un éclair de lumière sera visible depuis les étoiles… alors que les non-croyants seront frappés par l'Archange Alzheimer et à leur mort, ils se décomposeront dans l'obscurité.
Naturellement, pour faciliter le choix de la religion, on pourrait mettre en place des Jeux Olympiques (du nom de l'Olympe, cette résidence des dieux grecs…), pour que les religions puissent montrer leurs performances.
Cette Interville des religions ne comprendrait pas des vachettes, mais des vaches sacrées, par exemple, que l'on pourrait rassembler dans un pré, et l'on mettrait 4 prêtres aux 4 coins. Celui qui réussirait à attirer le plus de vaches remporterait l'épreuve.

Il y aurait des épreuves de guérison, de marche sur l'eau, de multiplication des pains (les pains produits seraient offerts aux restos du cœur), de changement de l'eau en vin (sous le contrôle d'œnologues diplômés), et l'épreuve-reine serait naturellement la résurrection (sous contrôle médical).

Pour ne pas désavantager les religions orientales, on pourrait ajouter la marche sur les braises, des épreuves de langues (de feu), de la lévitation, et la liste n'est pas limitative.

De ce merveilleux concours, sortirait enfin la vérité sur les religions et on saurait enfin quelle est la meilleure, oups ! quelle est la bonne, la seule, la vraie…
Avouez que ce serait vraiment dommage de se tromper de religion toute sa vie, surtout si l'on n'a qu'une seule vie !